Elie, chauffeur de taxi à Beyrouth

Elie, chauffeur de taxi à Beyrouth

Après quelques jours passés à Beyrouth et au Nord du Liban, je décide d’aller voir quelques uns des sites touristiques du Sud. Tout naturellement, en sortant de l’immeuble où je suis hébergé, je hèle un taxi par le traditionnel « Bonjour, service to Douala », une des gares routières de la capitale. Le temps du trajet, le chauffeur me propose dans un excellent français de louer son taxi pour une journée, dans le but de visiter certains sites difficilement accessible en transport en commun. Chose que je ferais le lendemain après avoir négocié le tarif.

Au fil de la journée Elie prend le temps de m’expliquer sa vie, comme une vision personnelle du Liban. Après 7 années passées en France, il devient médecin spécialisé en ophtalmologie. De retour au Liban, il ouvre le plus grand magasin d’optique du pays. Ses affaires fleurissent, mais avec son travail très prenant, il ne fonde pas de famille. Avec l’arrivée des troupes Syriennes, son magasin est détruit. Fatigué, il décide alors de ne pas le reconstruire. Aujourd’hui, cet homme d’une cinquantaine d’années vit seul. Pour combler sa solitude, il m’explique qu’il aime conduire chaque jour son taxi et rencontrer des gens nouveaux.

Surpris par le fait que ce soit les syriens qui aient détruit son commerce, je lui demande s’il a un ressenti vis à vis de leur présence dans le pays. En effet, avec la guerre en Syrie, leur population représente plus de 20% de la population libanaise. Le chauffeur n’a pas de haine et m’explique avec empathie que les syriens au Liban occupent les postes les moins payés et les moins valorisants, de l’ouvrier de bâtiment à qui l’on demande les taches plus dures au cireur de chaussures. Par plusieurs fois dans les quartiers où la vie nocturne bat son plein, je verrai des enfants de 4 ou 5 ans vendant des roses aux passants et aux badauds dans les bars. J’en croiserai aussi des plus âgés de quelques années qui nettoient les chaussures dans la rue à longueur de journée. La plupart d’entre eux parlent un anglais tout à fait acceptable bien qu’ils ne soit plus en mesure d’aller à l’école, la subsistance ayant pris le pli sur l’éducation.

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